Et maintenant, je suis ici :

samedi 1 août 2009

Dark knights

Ce soir, nous voulons voir le dernier film-tout-de-stéréotypes-made-in-Bollywood, Love aaj kal. But "all tickets sold out". Damn it. Qu'importe, nous décidons que nous n'avons pas payé pour rien un rickshaw malhonnête qui nous a fait faire le tour de tout un quartier glauque et nous a réclamé des "extra charges" parce qu'il avait perdu son temps en nous paumant, et nous nous rabattons sur la prochaine séance à l'affiche. New-York. Ca sonne comme une saveur d'exotisme. Blousons en cuir, regards mystérieux, lumière noire. Gloups. En fait, c'est un film engagé, ou, comme on dit quand on veut faire polémique, "une critique de la société", américaine pour cette fois. Ca se passe après les attentats du 11 septembre, des Indiens tout innocents sont arrêtés par des grands méchants membres du FBI, se retrouvent en taule livrés à la torture, et finissent par pure vengeance par intégrer les rangs des grands méchants terroristes pakistanais. Ca se finit pas très bien évidemment, et là apparaît un message qui indique que des milliers d'innocents ont été torturés sur ordre du grand méchant Bush après les attentats.

Je raconte tout ça surtout pour ceux qui pensent que Bollywood, c'est seulement les paillettes, le kitsch et l'eau de rose... Tout en sachant bien que ces éléments réussissent à être quand même distillés tout au long de cette noire intrigue.

Ah, by the way, c'était en hindi. Non sous-titré.

mercredi 29 juillet 2009

Dzouing dzouing

Aujourd'hui, j'ai épluché ma première mangue, j'ai enfin obtenu mon permis de séjour valable jusqu'à la fin du mois de juin, j'ai mangé mes premiers pakoras dans la rue, je suis passée à deux doigts de la mort dans un rickshaw zigzaguant à contresens sur la rocade en heure de pointe, j'suis allée secouer les prunes à la proprio pour qu'elle fasse réparer ce damné toit, j'ai rencontré une Bulgare complètement barge qui rigole à toutes mes blagues, et j'ai réservé mon billet pour le Cachemire pour la mi-août. Et j'essaye de charger mes photos du Fort Rouge de Delhi sur mon blog, mais il rechigne.

mardi 28 juillet 2009

Having problems making a comment ?

Petit récapitulatif de la "procédure" à suivre selon Adrien pour poster un commentaire :

"ben en fait, j'envoie un message
la, il me dit "reessayez plus tard"
tetu que je suis, je retente
la, il me reconduit vers l'identification, donc si t'es inscrit, tu mets ton mail et mot de passe
ensuite, autre page, je dois noter un mot, bla bla bla
et après c bon!"

A bons entendeurs ;)

Monsoon, at least / at last

A l'attention d'Ange-tout-puissant : je lui suis totalement redevable de cette imposante mousson qui s'abat sur le nord de l'Inde. Mais s'il pouvait s'arranger pour qu'il ne pleuve plus DANS MON APPART je le considèrerai à jamais comme le plus grand de tous les dieux !!!!!!

Old Delhi part 2 : लाल किला (le Fort Rouge)


Les pieds de l'étranger avancent sur les sentiers poussiéreux presque sans conscience, mus par une curiosité insatiable, vers le nouveau, l'étrange, le fascinant. C'est ainsi qu'une nouvelle fois j'ai plongé dans l'univers tumultueux de Old Delhi, avec moins d'appréhension cette fois. Ce bruit, cette saleté, sont inamovibles, et forment presque l'équilibre de ces quartiers. Une fois acceptée cette idée, on se laisse aller aux tourbillons de couleurs et d'odeurs. Cette fois, accompagnée de Marine, ma coloc, je suis allée jusqu'au fameux Fort Rouge, non loin de Chandni Chowk. Il s'agit d'une imposante forteresse de grès rouge flamboyant, à la silhouette immuable derrière les flots de circulation. On confond souvent cette forteresse avec un autre Fort Rouge, situé à Agra (la ville du Taj Mahal), et l'erreur est compréhensible, non seulement à cause du nom identique, mais aussi parce que les deux forts datent de la période des Grands Moghols, la dynastie musulmane qui a régné avec faste sur l'Inde aux XVIe et XVIIe siècles. Celui de Delhi a été construit par l'empereur Shâh Jahân en 1639, et agrandi par son fils Aurangzeb par la suite. J'imaginais une forteresse d'un seul tenant, mais il ne s'agit pas du tout de ça. En débouchant sur l'esplanade devant le fort, on se rend compte qu'il s'agit d'une immense enceinte gardant en ses murs plusieurs bâtiments d'architecture moghole extrêmement raffinée. On passe d'abord par une galerie cernée de voûtes dans laquelle sont installés de multiples commerces de verroterie, de marionnettes, d'artefacts divers... Puis on débouche dans une cour intérieure où la végétation est étonnamment présente et maintient une atmosphère reposante, malgré l'afflux des touristes en majorité indiens. A ce propos, jamais encore autant qu'au Fort Rouge je n'ai été à ce point dévisagée. Marine et moi, deux Blanches seules, étions vraiment les bêtes de foire. Hommes, femmes, enfants, tous nous dévisageaient, souvent curieux, parfois désagréables. Les jeunes hommes s'arrêtaient pour nous demander s'ils pouvaient nous prendre en photo... Et si nous disions non, ils s'arrangeaient pour le faire en douce. Quelques-uns nous ont suivies... Un père de famille nous a approchées pour nous demander de poser sur une photo avec sa fille...

Malgré ces petits désagréments, nous avons passé un long moment dans l'enceinte du Fort, le temps d'admirer les coupoles qui se découpent de façon aérienne dans le ciel, les incrustations de pietra dura,
technique fascinante s'il en est : il s'agit d'incrustations de pierres (autrefois, il y avait même des pierres précieuses, malheureusement volées) taillées de façon extrêmement fines et incrustées dans le marbre, avec tant d'art que la surface lisse ressemble à une peinture. A l'intérieur des fiers bâtiments de grès ou de marbre, les arches et les voûtes forment un savant canevas qui court d'un bout à l'autre des constructions. Les colonnades s'enchaînent, et font de ces petits palais un royaume des courants d'air : l'agencement intelligent des salles et des colonnades fait que l'air circule perpétuellement. En somme, une bâtiment de guerre qui est plutôt un lieu de paix. La prochaine fois que je fais une visite de ce genre, pourtant, je prendrai une étole pour me couvrir les cheveux et le visage... Je serai une de ces ombres musulmanes d'un autre temps, une de celles dont on imagine la silhouette glissant le long de ces murs de grès et ces colonnes de marbre, voilées pour respecter la stricte tradition de la purdah, pures et inaccessibles.


Le spleen de Delhi

Toutes ces choses qui me viennent
Toutes ces choses qui me quittent
Ces choses qui me reviennent
Ces choses qui me requittent
Faudrait que ça me revienne
Avant que ça me passe vite…

Vanessa Paradis, Junior Suite


Un regard pour un sourire, un rire pour un oubli. La lune est d’or ce soir. Golden Chandra. Elle appartient à un autre monde, voilée par un brouillard jaune, opaque, oppressant. Je me joins à elle un instant, et alors j’oublie les bruits, les odeurs, la pollution. Je vois d’en haut la grande mosquée Jama Masjid qui, toute de grès et d’argent, étincelle comme un ostensoir. Au loin, très loin, au-delà des terres qui s’étendent comme un long reptile alangui, je sais, je devine la mer. Je sens son souffle profond et je glisse sur l’écume. Je découvre des espaces infinis en me cachant au creux des lames, et glisse et bascule de l’autre côté des océans.

Spicy fragments of the Delhite life


Klaxonner en voiture ne veut pas dire « Bouge-toi de là » mais « Je suis là ! », « Coucou », et aussi, « Attention je suis à droite », ou encore « Heyyyyyy ! »… Mais aussi « C’est moi le plus gros donc c’est moi qui passe ». Les véhicules quels qu’ils soient ont leur langage et ne se laissent pas réduire au silence. Alors, ici, le klaxon, c’est la vie. Et quelle vie !

Un trajet en rickshaw coûte en moyenne 40 roupies. Mais quand le conducteur voit nos têtes de Blancs il n’hésite pas à réclamer 100 roupies. Chacun.


J’ai trouvé le régime idéal, le plus efficace qui soit ! Simple, et succès garanti. Prenez le premier avion en direction de l’Inde et prévoyez un séjour d’au moins deux semaines, mais maximum un mois, de préférence en période d’été. Meilleur rapport qualité-prix existant sur le marché ! Régime testé pour vous : moins 5 kgs en moins de trois semaines !


J’habite dans le sud de Delhi. Au nord, il y a un super réseau de métro, rapide, ultra moderne, propre, sécurisé, pas cher. Devinez quand les travaux d’extension du réseau jusqu’au sud seront terminés ? En juin 2010. Juste après mon retour en France.


Le Nutella est un produit de luxe ici : il coûte le même prix qu’en France !!


Une bouteille d’eau minérale coûte 13 roupies, soit 0,19 euros. Un (un seul !) rouleau de PQ coûte 39 roupies, soit 0,58 euros.


A ce propos, je n’ai pas encore percé le plus grand mystère de l’Inde éternelle : le Grand Tabou des Chiottes Indiennes.


Est-ce qu’un jour les Indiens vont perdre la sale manie de remuer la tête de gauche à droite pour dire « oui » ?


J’avais entendu dire que les Indiens roulaient à gauche, comme dans tous les pays du Commonwealth. Mais on m’a menti. Les Indiens roulent n’importe où.


Paris est une grosse ville qui fait la taille de la France. En d’autres termes, il n’existe pas d’autre ville en France.


« Ah, you come from France? Dat’s in Europe, right? »


Un soupirant indien appelle en moyenne 50 fois avant de se lasser.


L’infériorité de la femme indienne se marque de mille et une façons. Une des plus savoureuses : la femme indienne se fait trimballer par son homme en moto, assise en amazone, sans casque bien sûr (y’en a qu’un, et c’est celui de Monsieur), parfois avec un minuscule gamin lové comme un koala contre son ventre, et très souvent, chargée d’un grand cabas de commissions.


Le meilleur boulot en Inde : garde ou vigile. Seul matériel : une chaise en plastique. Le principe est simple : attendre toute la journée que quelqu’un prenne la relève. Moment fort de la mission : lever la barrière de « sécurité » pour laisser entrer les voitures des résidents.


Exemple d’application de l’anecdote précédente : notre voisin dispose d’environ 10 gardes qui se relayent sur la chaise en plastique devant sa grande villa, de jour comme de nuit.


L’Inde est un pays peuplé. Très peuplé. Alors le travail se fait rare. D’où la division extrême du travail. Exemple : au moins 15 serveurs dans un bar branché, pour trois tables occupées. Autre exemple : à la gargote du coin dans notre quartier, deux tables en plastique pour les clients, et 11 employés : 6 cuisiniers, pour une seule plaque de cuisson (bah oui, un qui découpe, un qui épluche, un qui fait frire, un qui est posté devant le four, et deux qui font rien !), 3 serveurs (un qui donne la carte, un qui nettoie la table, un qui apporte les plats), et deux auxiliaires (le Sikh qui prend les commandes, et le gars qui lui tend le téléphone).


Il est 2h35 du matin et un fou du sifflet sévit sous mon immeuble. Comme chaque nuit.


A l’entrée d’un cinéma, on se fait fouiller comme à l’aéroport.
Ah oui, et à propos du ciné, la salle de projection est un lieu public comme un autre. On peut téléphoner pendant le film, s’apostropher à travers la salle, prendre son plateau repas en faisant des borborygmes de contentement, parler très fort de toute autre chose que du film. Freelance !

Putain, les Indiens parlent trop mal anglais (« 2e langue officielle, mon c** », dixit Marine !)


Ici, un portable un peu évolué coûte le même prix qu’un frigo.


Parler de religion à un hindou, c’est se retrouver au beau milieu d’un débat théologique pour savoir si c’est Ram ou Krishna le plus grand de tous les dieux.


L’Inde est le royaume des fourmis géantes.


Température moyenne à Delhi juste avant la mousson : 45°. Et, le mieux, c’est que la nuit, c’est pareil !


La mer, depuis ici, c’est vachement loin.


Prévision sur 10 mois : au retour en France, faire un check-up médical complet. Parce que la mort nous guette à chaque seconde, à chaque coin de rue. L’eau du robinet n’est pas buvable. Les moustiques transmettent le palu. Les fruits donnent le courante. La pollution goudronne nos poumons comme le feraient 10 ans de clopes. Le choléra, la tuberculose, la fièvre jaune, la lèpre couvent dans les faubourgs.


Un Blanc est forcément un Américain.


Personne ne critiquerait les fonctionnaires français après avoir fait ne serait-ce que brièvement connaissance avec l’administration indienne.

Les Français sont réputés pour être racistes, sales, radins, prétentieux, lubriques.

La Yamûna, c’est crade.